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Au
pays des légendes naissent les légendes. Les rêves
s’ouvrent à d’autres rêves … et la poésie
devient chair et réalité.
1-
Au pays des légendes naissent les légendes.
Les rêves s’ouvrent à d’autres rêves …
et la poésie devient chair et réalité.
Ce pays a conservé les charmes du premier matin de la Création.
De lointains échos nous parviennent, ils sont la voix du Créateur
…
Un être âgé qui vient
de loin, de la périphérie du temps et du fond de l’histoire,
Vieillard, à barbe blanche, avance lourdement chargé.
Serait – il, comme Adam le fut, pétri de la première
pâte par le Créateur ?
Qui es-tu, vieillard, et quel est ce fardeau que tu portes,
D’où viens- tu ? De grâce, réponds moi.
………………………
Je viens de la lisière ancienne du
temps. Si je m’arrête, j’arrête le temps.
Les arbres qui poussent sur ces montagnes sont glorifiés dans toutes
les Ecritures et dans la Bible aussi ? J’en suis le gardien, gardien
des Cèdres, et gardien du Liban et de son mystère. Quant
à savoir ce que je porte et qui te semble si lourd, c’est
la magnifique légende des humains sur la plus grande invention
réalisée par l’homme : l’Ecriture, la cursive
phénicienne aujourd’hui partout répandue.
…………………………
L’ECRITURE ! Ces lettres, véhicules
de l’Esprit, porteuses de la pensée sont les signes qu’
à partir du pays des Cèdres, je distribue et sème
à travers le monde, pour aider les hommes à connaître
l’amour.
Ma vocation aura été d’universaliser la Connaissance,
et le savoir. A travers ces signes, ces lettres, Socrate, Virgile, Michel-Ange
et Shakespeare, et tant d’autres … se sont exprimés.
Je suis porteur de vérité, de Lumière, et de l’Esprit…
Cette charge qui me fut confiée, incombe à ma descendance
: vous autres les Libanais.
Etre Libanais, c’est aussi poursuivre cette mienne vocation, c’est
continuer à mériter ce don Divin…
……………………..
Dans l’Orient Ancien, des peuples
s’étaient donnés des dieux sévères assoiffés
de sang et à qui ils sacrifiaient leurs frères leurs fils
et leurs filles. Tragédie d’Abraham n’eût été
le bélier… sacrifié pour calmer quelque soif du divin
El, notre Dieu, celui de nos ancêtres, insuffleur de la Vie, est
venu s’offrir lui-même ! Lui au milieu de nous : Emmanu –El
de là nous est venue l’expression poétique : Offrir
son cœur …
Notre passé a témoigné
de l’éclosion de la Conscience, et dès lors, à
l’aube de l’Esprit, l’histoire de l’Humanité
s’est structurée.
L’Homo sapiens, fabricant d’outils et de connaissances, nous
a laissé des vestiges de sa race humaine, là, dans une grotte,
non loin d’Antélias …
………………………
Vois-tu, Lucien de Samosate, ces gens heureux
et hospitaliers, aimables et beaux ?
Ils sont l’œuvre de Dieu.
Depuis l’antiquité, ils ont fait preuve de civilisation.
Sache, Lucien, qu’il m’arrive souvent de les rencontrer.
Ma mission est de sillonner la planète et le temps, de survoler
l’Histoire et de semer l’Evolution par la connaissance et
l’Amour.
Notre génie inventif a simplifié
la communication et l’écriture de l’histoire. Notre
génie du savoir s’est répandu dans l’universalisme.
Si nos contemporains réussissent à résumer l’histoire
de l’existence par l’écriture informatisée,
prouesse de notre civilisation, c’est un aboutissement de notre
propre invention. Reconnaissons ici l’accès à l’universel
à travers le temps.
Notre école a beaucoup précédé Charlemagne.
Si l’on peut mettre sur une cassette (CD) toute l’histoire
de l’existence, c’est que le fleuve de l’alphabet parti
de Babylone, et resserré en Phénicie .. s’est diffusé
dans tout l’universel humain à travers les siècles
et le temps.
De ce simple carrefour, nous avons occupé la planète …terre
et âme, par l’écriture, Quelle magie !
Nous avons donné à l’humanité sa mémoire,
qui fonctionne depuis ce jour.
Le Monde a trouvé refuge dans les lettres, frontière naturelle
de
L’Etre, comme les Saints se réfugient dans la Prière
et le Seigneur.
Le fleuve de la connaissance se transmet
depuis les temps reculés par les maîtres de la pensée,
nos curés de paroisse. La discipline toute maronite (libanaise)
de l’école sous le chêne n’est pas récente.
L’écriture, partie de nos rivages, s’est partout répandue.
Magie de cette invention qui donne à l’Humanité sa
mémoire et la lui conserve depuis.
2-
Contemple cette vallée aux jardins suspendus, où coule l’eau
pure et cristalline du Nahr el Kelb …
Une musique lointaine nous accueille qu’accompagnent des voix humaines
…
Mon amour de toujours, toujours je t’aimerai.
Tandis que la nuit s’étend, et la lune se réveille,
Joie et bonheur s’emparent de moi.
Le regard de tes yeux si purs m’ensorcelle,
Tes seins semblent s’animer,
Et tes lèvres brûlantes sont mon firmament.
La boisson coule à flot, cependant que chantent et dansent les
muses gracieuses, vierges de mon pays.
Sources célestes, nectar des Dieux … Sang du Créateur…
Or blanc du Liban !
Trinquons et buvons, c’est la fête !
Alcools et mezzés nous invitent à partager.
Dans la chaleur humaine de la foule qui se presse, nos filles sont la
fierté de nos montagnes,
Leur beauté nous anime et l’inspiration nous pousse à
son paroxysme.
Plus de place à l’inertie, l’animation nous invite
au partage :
Tout est action : flûtes et tambourins accompagnent la voix.
La danse, le feu, tout nous rappelle l’histoire de cette vallée.
Les grands conquérants de la terre, s’y sont arrêtés.
Ils ont bu de l’eau sacrée de ces grottes devenues célèbres.
Un monastère de prières s’est construit sur les hauteurs
qui surplombent la vallée de Nahr el Kelb !
La fête est une forme de prière.
3-
Quittons les gorges du Nahr el Kelb aux ombres bleutées, humides
où poussent toutes sortes d’arbres et surtout les anémones
gorges souvent froides, où la flore est si abondante, sortons dams
les lumières, allons vers cette plage au sable d’or.
Quelques pas à franchir suffisent pour atteindre la féerique
baie qu’encerclent les vagues de montagnes.
Sur une première colline voici le Christ-Roi qui protège
l’Univers, dans ses bras étendus.
Sur une autre montagne qui surplombe la mer, un point blanc se dessine:
c’est Notre Dame de Harissa !
Connais – tu, cher Lucien de Samosate, cette religion où
Dieu, le Très-Haut, s’est donné une Mère ?
C’est notre Dame, et c’est sa mère.
L’éternel féminin symbolisé par la blancheur
de la Vierge la mère du Seigneur dont toutes les filles de la montagne,
font leur idole : la sérénité, la pureté,
la bonté, la beauté, la tendresse, la douceur, le sourire
etc. la Vierge Marie se reflète sur les figures de nos filles bouillonnantes
d’idéalismes, de fantaisie, de poésie…
L’histoire des religions si chère aux peuples d’Orient
est comme l’histoire des civilisations : elles ont un début
et une fin, elles résistent aux attaques du temps et évoluent
avec le temps ; la religion est temporelle.
Ici, le rôle de la femme est majeur, vital, radical puisqu’elle
fait partie du corps social et humain. N’est-elle pas l’autre
moitié ? Et les deux parts ne sont-elles pas égales ?
Contemplons à gauche... une des plus
belles vues de la terre.
Approchons : cette foule sur la plage me fait remonter loin dans l’histoire.
Et ces baigneuses ? Moi aussi j’ai un faible pour la beauté
des naïades sur lesquelles toute la grâce de Dieu a coulé
et a modelé sa grâce, sont- elles des Hélène
? Des fées ?
Parmi elles y a t-il Béatrice, Leila, Juliette, Astarté,
Diane etc.
Ici ce sont des maronites …
Animateurs de l’histoire de l’Orient et du monde, Islamo arabe.
Littérature, Arts, échanges, chansons, poésies, réformes,
démocratie,
Libertés, droits de l’homme etc.…
L’homme moderne est né ici : d’Antélias au Golgotha,
la révolution chrétienne terre des saints et de l’amour
depuis le jour où est née la liberté les arbres qui
surgissent de notre sol sont eux aussi facteurs de civilisation.
Une prière nous arrive de loin, d’un
monastère … entends les échos de nos cloches.
Tout a survécu aux tyrans Berbères, Arabes, Ottomans, Egyptiens
etc.
Hordes venues de partout assassiner notre terre …
Cités rasées, peuples massacrés, civilisations détruites,
arbres déracinés etc.
L’Esprit proteste, croyant à la résurrection, depuis
‘EL’ et Adonis, et le Phénix …
Tout reprend vie, tout est ressuscité.
Terre des saints, terre d’amour, de liberté, la poussée
de la sève te donne plus de vigueur et d’élan
Peuple du Liban vous construisez votre propre destinée, vous jouez
le jeu de votre vie.
4-
Allons plus au Nord, vers l’autre coin de la baie, sur la route
romaine
Nous rejoignons le pont romain.
Toujours debout racontant son histoire, celle des amoureux, sur la terre
des amours celle des pèlerins, celle des chevriers… En voilà
un gardant ses bêtes éparpillées sur les roches, des
points noirs vivants, un chevrier aux multiples connaissances, culture,
vétérinaire, fabricant, industriel, commerçant…
Nous sommes tous des chevriers. Allons à
l’ombre, un peu de repos.
Une centaine de mètres et nous serons dans un autre monde: le casino.
Il reçoit les cinq continents, ici, cet autre monde, cette grosse
bâtisse concerne le ministère des loisirs et de passe temps.
En face, c’est Ghazir, fief des Hobeiches, des Chehâbs et
du conservateur de la Bibliothèque royale de l’Escorial et
bien d’autres…
Ici Renan a écrit son Jésus.
Cher Lucien, chaque coin, chaque particule raconte son histoire de grandeur,
sa mythologie, ses secrets.
La petite baie où des barques de pêcheurs paisibles se bercent
lentement, se souvient de saint Paul, le grand stratège chrétien.
Il s’embarqua d’ici pour évangéliser l’Europe.
Saint Paul aussi a traversé tout le Liban, s’est arrêté
à Tabarja et de là s’est élancé vers
l’Empire païen de Rome, afin de lui annoncer la Bonne Nouvelle
et lui ouvrir le chemin de la liberté, abolissant l’esclavage,
répandant l’amour fraternel sur la terre.
Une autre embouchure plus au Nord et plus
évasée, un domaine de chasse unique, des falaises impressionnantes,
des cascades d’eau qui chutent à pic, des arbres touffus
perdus dans l’ivresse de l’espace et par endroits à
travers leur épaisseur à peine la lumière peut pénétrer.
A l’intérieur de la vallée on se sent écrasé
par l’immensité, la grandeur du lieu …
Le silence impose le respect, ne sommes nous pas dans une Vallée
sainte, celle des Dieux et des Saints ?
5-
L’arc à la main, les flèches à la ceinture
prenant ses précautions, les risques sont grands. Le chasseur dans
cette vallée vit sur ses nerfs. Or qu’est-il arrivé
au dieu de la chasse et de l’amour ?
Physiquement, bien structuré, corps et âme, force physique
et haute sagesse, ambition et vigueur presque sauvage …
Ce chasseur épris d’amour, adoré par les humains et
les divinités, respirait l’air de la vallée. L’air
qu’on respire ici dilate la poitrine.
L’espace ici est sans limite, comme les profondeurs de la conscience.
Adonis venait du fond des siècles….
Il était plus beau que les dieux.
Astarté son idole, et son ange gardien aussi, l’avait suivi
dans ses parties de chasse.
Dans la vallée sacrée la chasse est sacrée.
Mais les forces du mal sont toujours là, guettant, attendant. Les
forces du mal, ne connaissent ni le repos, ni le sommeil, leurs nuits
succèdent aux jours, et toute leur mission est de colorer, l’eau
de ce fleuve sacré. Ce fleuve a été habitué
au sang, demandant toujours des victimes. Son histoire remonte loin, très
loin, voire elle est millénaire.
Soudain, dans un instant où les Dieux
sont abandonnés par leur ange gardien, un sanglier des plus féroces
chargea de toutes ses forces et blessa le jeune dieu.
Le sang sacré et pur coula de partout. Le fleuve devint rouge pourpre,
la Nature entière se colora tristement…Le Dieu était
mort.
Le soleil s’éclipsa, les larmes se versèrent de partout.
Nahr Ibrahim, fleuve les pleurs.
Des larmes d’Astarté aussi, et des femmes et des filles de
Byblos mimant les adonies.
Le Dieu était mort.
La terre entière absorba le sang d’un dieu et Astarté
mourait de tristesse.
Les saisons succédèrent aux saisons et après les
longues nuits, et le froid de l’hiver, ce fut le printemps, la nature
qui s’éveille, ce fut la résurrection d’Adonis.
L’âme pure d’Adonis s’est réveillée
et a fleuri dans toute la nature, c’est le jour de la résurrection,
du renouvellement, du rajeunissement.
6-
Deux embouchures, deux fleuves, deux grottes féeriques. Afka et
Jeita.
Ils délimitent la région du Kesrouan au sud et au nord.
La Méditeranée à l'ouest, et le plus beau mont à
l’est: Le Sannine, montagne vivante, celui qui l’observe se
rendra compte qu’elle vit au rythme du Soleil : chaque minute, elle
change de ton, de nuance.
Terre de légendes, de rêves, de mythes, de poème,
de labeur.
Terre des Dieux, des héros, Terre des hommes, chez qui le travail
est allégresse, ici la légende devient réalité.
On ne peut écrire quelque chose de
plus parfait, de plus poétique de plus vivant que la description
du Nahr Ibrahim, ou fleuve d’Adonis : une eau déchaînée
et furieuse écumeuse et chutant à pic…..
Passionnante épopée de la race humaine.
L’effort humain est pionnier de son temps.
Les Libanais oeuvrent pour l’éternité avec passion.
Le matériel humain qui les constitue est apte à toutes les
variations et contrastes…
A l’origine ce fut le Verbe, la Parole de Dieu. A l’origine,
ce peuple fut comme tous les peuples mais il fut aussi différent
de tous les peuples.
Le levain qui fermenta cette entité humaine est issu directement
du Verbe.
C’est le mois de Mars, Avril, le début d’une semaine
Sainte ! Jeûne, mortification, sacrifice et prière, musiques
et chants.
Grand Dieu Créateur du Cosmos, Créateur du temps, de la
beauté, des lumières, grand
Dieu des humains, et grande déesse, inspiratrice des poètes,
protectrice des saisons, animatrice des esprits, nous t’implorons.
Protège nos enfants, nos maisons, rends nous ce fils Adonis, l’Esprit
d’Adonis.
Tu vois Lucien, ces cérémonies
m’enivrent et je me sens concerné.
J’ai connu Adonis, le fils du Cosmos, ressuscité sur le sol
Libanais début Avril.
Toute la nature s’éveille, nous contemplons les floraisons
de toutes beautés.
La sève monte dans les tiges, donnant à tout ce qui est
vert un autre vert rayonnant de jeunesse, de vitalité…Le
sang monte aussi dans les veines et dans les belles jeunes filles toutes
parées de fleurs courant dans la nature vivant la résurrection.
Quant aux hommes, cher Lucien, ils sont méditatifs, plongés
dans leur méditation, s’unissant à la résurrection
du Fils de Dieu.
Les sourires ont disparu des visages, mais la bonté, la bienveillance,
la tendresse ont doublé l’expression.
Une semaine Sainte, c’est de nouveau la Fête. Dieu est parmi
nous, point de désert qui sépare l’homme de Dieu.
Dieu est parmi les hommes, tout près d’eux, il est comme
eux.
Cher Lucien on a oublié le sanglier …
Comme on oubliera les faux prophètes, et ces victimes, ces brebis
perdues, que nous aimons, la vie reprend son cours pour le reste de l'année,
et les fêtes se succèdent comme les saisons, comme l’eau
bénie de nos deux fleuves.
7-
Lucien tu vois, nous voici
à l’extrémité ouest de cette chaîne de
montagnes, une chaîne de monts allant de Sion à l’Hermon,
du Sanine, au Kornet el Saouda etc. Plusieurs autres sommets tel le front,
la pyramide, le mont de fer, le mont Moïse etc. et quel rempart forment
ces chaînes! Face au Bédouin à cheval ou sur son chameau,
ces hordes qui balayaient tout sur leur chemin, chevauchant à la
vitesse du vent, sans pitié et sans peur, semant partout la terreur,
le rapt, le viol, le meurtre, un seul obstacle barrait leur route sur
ce plateau qui commence depuis l’Iran, (la Perse) l’Iraq,
la Syrie, c’est la chaîne des monts libanais.
Il leur fallait passer ce premier obstacle avant d’atteindre le
second qui est la mer Méditerranée.
Entre la côte Méditerranéenne et la plaine c’est
comme entre la lumière et l’obscurité, il y a le gris,
et c’est dans ce gris que la vie bouillonne.
Entre l’embouchure du fleuve et la plaine tout l’échange
se déroule, de la vallée d’Adonis à Héliopolis,
les temples de Mitra se succèdent, plus tard ils seront remplacés
par des églises dont un grand ombre est dédié à
saint Elie et à Notre Dame.
Oui saint Elie revit dans chaque âme Libanaise.
Ce révolté d’Elias qui sut dire non à Achab
Roi impie.
Des caravanes entières, de mulets,
d’ânes, de chameaux transportaient et ramenaient des marchandises,
d’offrandes, venaient acheter, donner et prendre. Communiquer, c’est
l’échange.
Pour le départ, l’arrivée et le retour, il fallait
la bénédiction, l’aide des Dieux, une prière
devant les temples, des vœux etc. des remerciements.
Les enfants couraient recevoir les caravanes, les jeunes de la région
de Byblos attendaient de leurs amants des messages, Heliopolis-Baalebak
Notre production sous toutes ses formes se répandait sur ce plateau
sans limite. Ah ce sac, cher Lucien et puisqu’on s’approche
de la Métropole, diffusons ensemble sa charge dans l’eau
sacrée du fleuve, que l’eau polluée par ce virus de
la connaissance continue à se propager dans les eaux des mers,
des océans, des îles, des continents, que toute la Création
soit contaminée afin qu’elle soit le seul lien qui unit les
humains.
Après le Golgotha, le jour où le sang du Seigneur Dieu coula
sur la planète, tous les liens de sang ont été effacés,
un lien d’amour, de vérité, de justice, d’égalité,
de liberté nous unit tous humains au créateur.
Tu sais Lucien, ces descendants d’Abraham, d’Isaac, d’Ismael,
croient encore à ses histoires de liens du sang, des espèces.
Lucien, aide moi, j’ai des trous de
mémoire, tu sais à mon âge, celui du temps, tu t’imagines
je suis assez vieux, aide moi, comment décrire ? Qu’est ce
qui caractérise l’âme de ce peuple, de ce pays, du
Liban et des Libanais.
Quels sont les attributs qu’on peut donner à Dieu, à
ses saints ?
Un peuple dynamique ? Hospitalier, aimable ? Souple, obstiné ne
craignant aucun défi ? Communicatif, offrant son cœur même
aux ingrats, lucide et gai, généreux et vital, dur comme
le forgeron et doux comme les colombes.
Valeurs morales, un peuple juste.
Aide moi à marcher Lucien, afin d’animer
par ce souffle libérateur la terre, le soleil et la lumière
etc.
Rudes forgerons, continuité dans l’action, polyvalent (le
chevrier). Polyvalent chevrier et habileté.
Esprit de sacrifice allant jusqu'au martyre.
Mystique du travail. (Une prière)
Mystique travailleur.
Saints et moines ermites. En réalité, nous sommes tous des
moines, des moines chevriers et des chevriers moines.
La marche à l’aube vers quatre heures de matin sous les modestes
rayons de Vénus de l’étoile du berger… étoile
de l’amour… c’est ce qu’il y a de plus beau au
pays des cèdres… les bains de lune… baignade de rayons,
jaune, orange… d’une lune qui est à la portée
de la main.
8-
Réveille toi, cher Lucien, continuons notre tournée,
nous quittons ces lieux avec regret… dormir, rêver, méditer
près de l’eau sacrée, au bord du fleuve.
La luminosité est totale et bleutée… elle va croissant.
A l’horizon une ligne claire se profile.
Le vent murmure sur la côte…nous marchons sur de mystérieux
sentiers à moitié effacés.
Quel plaisir… on ne sent ni la fatigue ni la sueur ni la soif.
On ne voit plus d’étoiles, elles disparaissent comme les
civilisations, les quelques planètes continuent à briller
et à s’éteindre.
De la vallée d’Adonis à Byblos, le site, est plus
ouvert, les collines moins élevées, les horizons plus étendus.
La culture est aussi abondante et variée,des terrasses de bananiers,
d’orangers, des amandiers, figuiers, oliviers, caroubiers, sur notre
gauche des pêcheurs assurent leur pain quotidien… ils émergent
d’un ancien passé.. Ils ont vécu toute l’histoire
des civilisations.
Ils espèrent toujours une meilleure santé …l’univers
entier est un Temple de Dieu.
L’univers ici est un paradis de sainteté, ici on sent les
plaisirs du silence… nous entendions les sons de glas, invitant
les croyants à la prière, de Beyrouth à Byblos nous
voyons en permanence et partout les profils des cloches de nos églises.
Ils sont de toute simplicité… quelques pierres et la cloche
avec la sainte croix.
Cette croix qu’on voit partout jusque dans le Cosmos.
Elle se dessine dans chaque foyer lumineux.
C’est la croix Cosmique qui s’est incarnée sur Terre
dans le Verbe afin de porter haut le germe de l’âme qui est
divin… des bras élevés, priant dans ces régions
du ciel où le Dialogue avec le Créateur est émouvant
… acte sublime.
Ce n’est qu’à Byblos qu’un premier minaret se
dessine … ici les croyants avides d’Allah, l’appellent
de toutes les forces de leur âme.
Tu sais Lucien, Renan et ses amis ont fait ce même chemin.
Lamartine, Gérard de Nervard, Flaubert, Barrès etc.
Européens et conquérants, Alexandre, Pompée, les
Grecs et les Romains, et dans les deux sens, Nord Sud, Sud Nord.
J’aurais aimé arriver à Byblos en barque, une barque
de rêves bercée par les flots de mon âme.
Lucien, mon cœur tremble, je suis ému, je suis heureux à
la vue de Byblos.
Les larmes coulent de mes yeux.
Les paroles m’échappent, je suis en union totale avec Dieu
sur cette terre sacrée que j’aime et que les Dieux ont aimée.
Quelle idée géniale tu as
eue, Lucien, en comparant Byblos à une main géante, où
le centre est formé par la paume et où les artères
qui alimentent les agglomérations à des doigts.
Oui des artères qui s’élancent du centre et se dirigent
vers l’espace Céleste.
La ville ancienne au centre et les maisons sont de tous côtés.
Un peuple de pêcheurs, il y a huit mille ans autour d’un puits
providentiel et facile à défendre et sur des millénaires
cinq ou six civilisations étalées jusqu’à nous.
Au sud-ouest du tertre, voici le village primitif les parquets lissés
à l’argile et la chaux des tentes de pêcheurs, éleveurs
et chasseurs puis les premières maisons de l’âge du
fer et du bronze et l’immense épopée sur la mer des
navires phéniciens et les temples des Dieux aux quels on venait
de partout. Et les palais des rois et leurs fiers hypogées…
Arrêtons-nous, car aujourd’hui on nous appelle… on nous
invite, ici tout passant est le bienvenu. L’hospitalité est
totale. La générosité une tradition, chacun se sentira
chez soi, un groupe de femmes, de filles, d’hommes assis sous une
vigne dont les racines sont au sol et les grappes suspendues au paradis...
ce paradis de Fra Angelico ou ce printemps de Botticelli. Le rêve
paradisiaque devient une réalité tous les jours. Devant
chaque porte il y a une vigne, qui vous enchante.
La terrasse est féerique comme l’histoire des princes. Les
fleurs de toutes espèces nous entourent… nous sommes reçus
à bras ouvert, on nous sert le café, des douceurs, des fruits
succulents, prés d’un tronc d’arbre, Non loin,une ânesse
est attachée avec un ânon sympathique.
Sous nos yeux, le port (les trirèmes, les comptoirs…)
Joseph
Matar
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