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Le
quadrupède équidé >>Voir
les peintures récentes du sujet - 2007<<
De
la Mésopotamie, à l’Egypte où il fut domestiqué,
sacré par certains, méprisé par d’autres, on
en a fait un personnage de Contes, de légendes, de fables etc…
Il nous livre ses secrets : ‘secrets d’âne’, ses
qualités, ses défauts, lui qui accompagne l’homme
depuis des millénaires.
C’est en Egypte, dit-on au cinquième millénaire B.C.
où il fut domestiqué.
Quadrupède débordant de gentillesse, courage, dévouement,
sagesse, douceur, humilité, simplicité, monture du riche
et du pauvre; des gens le salissent : grandes oreilles, oreilles d’ânes,
sot, paresseux, ignorant, bête etc…
Depuis Homère, la Bible, la mythologie, les anciennes écritures,
les fables… depuis l’antiquité à nos jours il
a eu toujours sa place.
Les Vestales, à Rome, célébraient chaque année
le 8 juin des fêtes où l’âne était chargé
de fleurs. On conte qu’Apollon, le fils de Jupiter et prince des
Beaux-Arts furieux contre le roi Midas lui fit des oreilles d’âne.
Et la Fontaine dans sa fable des animaux malades de la peste, montre tous
les puissants s’acharner sur le pauvre âne pour s’épargner
eux-mêmes d’avoir à souffrir.
Il est nommé plus de vingt fois au temps des Patriarches. Animal
essentiel à la tente, compagnon indispensable de grande utilité.
Tous les Patriarches ont eu leur âne pour partir.
Abigahil sellant le sien pour venir voir David (Samuel, 25).
Zorobabel revient d’exil en sa Jérusalem humblement sur son
âne (Zacharie 9/9).
C’est en quête d’ânesses perdues que Saul fut
fait roi par Samuel…
Samson, voyant venir vers lui 3000 Philistins, ramassa une mâchoire
d’âne encore fraîche et leur en tua 1000 avec (Juges
15/9,15).
On a tous admiré l’aquarelle du peintre Flameng montrant
l’âne portant vivres et munitions aux soldats sur le front.
Michelet
le grand historien lui consacre tout un chapitre :
« Tout à côté, non moins vivace, plus sournois,
durera (et dans l’Antiquité, et dans le Moyen Age) l’autre
démon, le rusé Bel-Phégor de Syrie, aux longues oreilles,
l’âne du vin, de la lascivité, indomptablement priapique.
Chaque année, ce dieu en tonneaux partait de l’Arménie,
chargé sur des barques de cuir cerclées de planches où
l’on mettait un âne. Il descendait l’Euphrate. La Chaldée
qui n’avait que son mauvais vin de palmier, buvait dévotement
ce nectar d’Arménie. Les planches étaient vendues.
L’âne prenait le cuir, le remontait en haut pays. Cet aimable
animal, l’orgueil de l’Orient, qui chaque année sans
fatigue, en triomphe, comme un roi mage, entrait à Babylone avec
la joyeuse vendange, était fêté et honoré.
On lui donnait le titre de Seigneur, Bel, Baal. On l’appelait avec
respect Bel-Péor (Seigneur Âne).
Respect bien plus grand en Syrie où sa gaieté lascive et
ses dons amoureux, sa supériorité sur l’homme, émerveillaient
la Syrienne, dit le prophète. Prophète il fut lui-même,
parla sous Balaam. On appelle encore l’Âne la montagne où
il a parlé. Au fond, il est démon, le Bel-Phégor,
démon impur et doux, qui sert tous et à tout, se fait monter,
brider.
C’est sur la montagne de l’Âne que les anges eux-mêmes,
atteints de Belphégor, eurent désir des filles des hommes.
Au désert même on fit déjà la fête de
l’Âne. Il évita l’Egypte, où sans pitié
on lui rompait le cou. Il marcha vers le nord, vers l’ouest, magistralement,
prêchant la culture de la vigne, le vin, ce petit frère d’Amour.
L’âne eût tout envahi, eût été Priape
et Bacchus. Sa forte personnalité, toute comique, ne le permit
pas. »
Je l’ai, moi, découvert par hasard ; pourtant on s’était
rencontrés bien souvent.
C’est en lisant ses mémoires, ses aventures, ses pensées,
faits, analyses…
Un vrai érudit qui attira mon attention jusqu’à faire
de lui un sujet de certaines de mes œuvres de peintre, et même
composer quelques poèmes en son honneur.
Au fond, peut être, est-ce un miroir dans lequel on se retrouve
souvent.
Au Liban, jadis, chaque foyer avait son âne, on se croisait dans
les ruelles, les champs, partout.
Il connaît parfaitement tous les chemins, il mémorise comme
un ordinateur, retourne tout seul à son étable et sa mangeoire
donnant signe de sa présence pour que l’on vienne le décharger.
Il est là pour les travaux des champs, le labour, la vendange,
la moisson, le transport, le moulin, la fontaine etc… et bien endimanché
il est une monture pour les trajets.
Solide et courageux il se maintient en parfait équilibre, ne glisse
pas.
Au Liban une région entière porte son nom – région
de l’ânesse ‘al-débeh’ pourtant c’est
la région qui a vu naître l’alphabet.
Pour le cadastre et le tracé des sentiers, des routes, il est maître,
un pionnier ; il avance et on trace derrière ses pas le futur sentier
; raccourci etc…
Guide de troupeaux et des caravanes, il est en tête, responsable.
Injustement on l’accuse de paresse, que de contes et poèmes
ont été réalisés sur lui. La Fontaine, Francis
Jammes, Mme de Ségur, Juan Ramon Jiménez etc…
Platero et moi, mémoire d’un âne, Peau d’âne,
Perrault.
Ne devrait-on pas créer une science : l’anologie en sa mémoire
?
Il n’est pas violent et n’aime pas la guerre, pourtant c’est
lui qui transporte le matériel des troupes etc…
Au Liban il était indispensable à la vie de tous les jours…
Quand à ses aventures et histoires et ce qu’on raconte, chuchote,
elles sont par milliers de quoi remplir une encyclopédie…
En voilà une locale : dans ma région, une richissime famille
doit sa fortune à l’âne : et comment ?
Durant l’occupation Ottomane, au début du XXème siècle,
l’armée Turque qui confisquait : citoyens, biens, bétails,
etc… et voulant transporter les impôts (en pièces jaunes
autrefois) de Beyrouth et le Mont Liban vers le port de Tripoli, confisqua
tous les ânes et ânesses de la région, entre autre,
une ânesse de Bentaël (la fille de El) ayant un petit ânon
qu’elle allaitait… de retour, la nuit se dirigeant vers Tripoli
et en passant par la région dans la vallée, l’ânesse,
reconnut le chemin de son étable, et débordée de
sentiment maternel, elle abandonna la caravane et se dirigea vers l’Est
c’est-à-dire son village. Tôt le matin, le propriétaire
l’aperçut et vit qu’elle était chargée
de sacs d’or. Dans la plus grande discrétion il piocha le
sol, enterra l’argent et plus loin il fit un plus grand trou où
il jeta l’ânesse après l’avoir égorgée
de crainte des autorités Ottomanes parties à la poursuivre…
Même dans le droit grec on raconte qu’un Athénien loua
un âne pour porter son bagage à Mégare pendant une
halte; il s’assit dans l’ombre de l’âne, l’ânier
exigea un payement supplémentaire, alléguant qu’il
avait loué l’âne, mais non pas l’ombre de l’âne.
Deux ânes se louaient de leurs dons ; le premier dit trouves-tu
pas bien injuste et bien sot l’homme, qui profane notre nom traitant
d’âne quiconque est ignorant, qui traite notre chant de braire,
alors que celui-ci surpassant celui du rossignol et de Lambert dessins
animés et historiettes … le sujet s’y prête bien…
Au Liban il fait parti du patrimoine. Dans notre Evangile, il a porté
Marie enceinte de Nazareth à Bethléem, puis départ
et retour en Egypte.
Il est entré glorieusement à Jérusalem portant le
Fils de Dieu au jour des Rameaux. On étendit dessus manteaux et
pèlerines et joncha sous ses pieds rameaux de bois de palmes et
d’oliviers…
Le poète Charles Péguy, illustrant le verset du prophète
Isaïe 1/3 où se voient l’âne et le beauf à
la crèche de Bethléem, les fait se parler gravement devant
la grandeur inimaginable de l’événement.
Sous le regard de l’âne et le regard du bœuf cet enfant
reposait dans la pure lumière… ces deux gardes du corps et
ces deux gros témoins pour le garder du froid soufflaient sur ses
deux poings… l’âne ne savait pas par quel chemin de
palmes un jour il porterait jusqu’en Jérusalem dans la foule
à genoux l’Enfant de Bethléem !
Le poète Francis Jammes… l’a chanté maintes
fois…
J’aime l’âne si doux qui passe sous les houx d’un
petit pas cassé…
Où Alphonse Daudet dans ses ‘lettres de mon moulin’,
raconte avec brio la vengeance terrible de l’ânesse du pape
contre un vaurien d’Avignon.
Quadrupède aux services multiples et polyvalents il pose actuellement,
excellent modèle, il a des attitudes presque religieuses, il médite,
il est là sur la toile dans une nouvelle existence plastique, il
n’est plus de chair de peau et d’os mais de chaleur, de couleur
et de lumière, un poème qui se perd dans l’éternité.
Joseph
Matar
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