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André,
le patron et l’ami (Suite)
André
participa très activement dans la vie de tous les jours. Il avait
un double, triple et quadruple travail :
1 : Il s’apprêtait à aider à l’école,
les petites classes, enseigner le français, le catéchisme…
2 : Il devait s’occuper de sa propre formation, terminer ses études
secondaires, le Bac.
3 : Il devait poursuivre l’approfondissement de sa vie spirituelle
; il en était encore à ses débuts.
4 : Il devait aussi oublier soi-même et penser, aimer, assister
autrui. Ces petits qui lui furent confiés jour et nuit et ses condisciples
en philo qu’il fallait aider.
Il devait écrire en France, rassurer sa chère maman, toute
sa famille qu’il était entre les mains de Dieu. Il devait
accomplir, obéissant… toutes les tâches demandées
par ses supérieurs… Il devait admirer le soleil d’Orient
et vivre dans cette lumière spectaculaire et spirituelle…
Il devait être le bon exemple dans l’école, la communauté…
Il était sur une terre sacrée et se voyait, et on le lui
disait, attelé à une œuvre de salut culturel et spirituel
envers un peuple jeune nouvellement libéré. Liban, pays
de rêves, de prières, d’amour et d’ouverture
vers l’Occident cultivé et Chrétien, en l’espèce,
la France.
« La moisson est abondante et peu nombreux sont les ouvriers ».
Il lisait la vie des saints (on lisait à table pendant les repas)
Saint Bernard, la légende dorée, Saint Thomas etc…
et surtout la vie des aventuriers apôtres des régions difficiles…
le Grand-Nord des Oblats de Marie, l’Océanie et ses pionniers
de la foi, l’Asie du Sud-Est et ses martyrs comme Théophane
Vénard etc… et ce moine missionnaire, ermite hors de commun,
ce stoïcien qu’on venait d’assassiner dans les sables
du Sahara (Déc. 1916) : le Père Charles de Foucault. Il
commence à se familiariser avec l’arabe. Il lisait beaucoup,
visitait ces monastères maronites où vécurent de
grands Saints. Son ambition effectivement était grande d’être
à la hauteur de la tâche que l’on allait lui confier.
Il a commencé par Amchit (1934-1936) deux ans nécessaires
à l’obtention des premiers diplômes. En même
temps, que familiarisation avec l’air du pays. Temps d’études
très serrés mais aussi de promenades à pied dans
tous les environs. Il est allé à Annaya, y a entendu l’ermite,
successeur du Saint Charbel. Il n’y avait pas encore les belles
routes asphaltées d’aujourd’hui ; il fallait suivre
des sentiers de moucres à travers les garrigues et les vallées
raides de la montagne. Il fallait s’habituer aux cérémonies
en syriaque et arabe, entendre la messe rythmée alors par les cymbales.
C’était nouveau, c’était joli… En 1936,
allez ! au travail ! à Jounieh le grand Collège et pensionnat
des Frères plus au Sud sur la côte entre Amchit et Beyrouth.
Il devient le 26ème Frère de la communauté, au bout
de la table à midi. Le voilà surveillant de la division
des petits en même temps qu’élève de Philo avec
les grands et décrochera son Bac-philo en même temps qu’eux.
André organisait les sorties pour les élèves, les
promenades vers le Nahr el Kalb, Zouk etc… ou vers Maameltein, Harissa,
Ghazir etc… les élèves marchaient sur la route étroite
Beirut-Tripoli. Peu, très peu de voitures passaient, une voiture
toutes les demi-heures… Les Frères avaient d’autres
maisons au Liban et en Syrie. Le jeune Frère André devait
les connaître et découvrir tout le Liban. Les Frères,
cette armée du salut…les Frères pouvaient être
envoyés comme les militaires d’une de leurs écoles
à une autre. Le Frère André se mit à connaître
Saïda, Byblos, Amchit, Batroun, Deir el qamar etc…
Il poursuivait avec passion ses études, en littérature,
en philosophie, en histoire et en Ecriture Sainte…
Il devient de plus en plus familier avec notre langue, il connaît
très bien le pays, ses vallées, ses montagnes, ses villages,
ses gens, son histoire multimillénaire… le Frère André
assume des responsabilités, on le ramène à Amchit
1937-1939 professeur de ses confrères en retard (littérature,
philo, histoire, religion et même mathématiques) tout en
poursuivant ses propres études préparatoires à son
entrée en Faculté.
Il se passionne dans les recherches sur les Ecritures Saintes qui plus
tard seront un de ses hobbies de prédilection : Il suivra les cours
des deux abbés Gelin, exégètes à Lyon en 1946…
il aura la chance en 1963 de deux longs séjours à l’Ecole
Biblique de Jérusalem. Deux ans d’études sous la direction
des Pères Benoit, Boismard, Ternant… pour un approfondissement
dans l’exégèse…
C’est quoi l’exégèse ?
1946-52 La guerre terminée, le Frère André put aller
à Lyon poursuivre ses études en vue des licences en philosophie,
littérature, religion… en même temps qu’il enseignait
ses jeunes confrères du scolasticat de Saint-Genis : Laval en vue
de leur obtention du Bac. Suivre des cours, donner des cours, préparer
les uns et les autres, courir à Lyon en bus ou auto-stop, ce n’était
pas rien, mais s’était exaltant. Le Pape Pie XII venait de
publier en 1943 l’encyclique ‘Divino afflante Spiritu’
sur les Saintes Ecritures : oui inspirées, mais écrites
par des hommes, des auteurs, plus ou moins habiles ; c’est humain.
Cette Lettre solennelle résolvait enfin un problème que
beaucoup de lecteurs critiques des textes sacrés avaient en vain
soulevé pendant les siècles de la Renaissance et des Lumières,
et pour les réponses desquels le Magistère, l’autorité
romaine, en avait condamné plus d’un au silence : Galilée
en 1613, Richard Simon en 1680, le Père Lagrange en 1913.
Il devenait loisible maintenant, de dire qu’un texte sacré
est inspiré de Dieu, mais composé à la manière
des hommes, d’un auteur, avec des aléas d’une telle
entreprise humaine : la faiblesse littéraire, la maladresse de
la composition et de la traduction, la naïveté du climat culturel,
les aléas de la transmission exacte des textes, etc…
Il se souvient de discussions pathétiques entre confrères
‘poissonistes’ et ‘non-poissonistes’ au sujet
du ‘poisson de Jonas’ ! cette historiette était-elle
une parabole, un roman pieux ou une histoire vraie ? L’Esprit-Saint
qui inspira l’auteur peut-il avoir de l’humour ? la crédibilité
de cette aventure de Jonas est elle en cause quand Jésus lui-même,
s’y réfère ? que Jonas ait écrit un poème
dans le ventre du poisson, poème que nous avons conservé,
cela devenait surnaturellement comique. Jésus se réfère-t-il
au poisson ou au texte ? Notre Frère André devint un expert
en décortication des textes ; il en jouissait comme un poisson
dans l’eau. Les noms des grands exégètes reconnus
lui sont devenus familiers : Gunkel qui fit sentir l’importance
des genres littéraires ; Dibélius qui fit voir l’assemblement
conventionnel des unités de textes ; Jean Astruc qui repéra
les sources dont se servit en les arrangeant le rédacteur final
; Richard Simon qui souligna dans ses textes l’impact du milieu
socio-culturel historique… c’était à une relecture
toute nouvelle de ces vieux écrits que l’exégèse
contemporaine invitait. Les deux mille cochons jetés dans le lac,
disaient l’instinctive aversion des juifs pour l’occupant
romain, dont la légion (2000 hommes) était massée
casernée à Gérasa à l’Est de l’embouchure
du Jourdain…
Il me disait un jour : « Si vous me demandez, maintenant, ce que
j’enseignais, comment je le faisais et dans quel esprit je le faisais,
je dirais que j’ai toujours été passionné par
mon activité professorale, heureux de communiquer mon propre savoir
et de voir éclore l’intelligence de celui ou de ceux à
qui je m’adressais ». J’aimais la littérature
et désirais partager le plaisir que j’y prenais. Il n’y
avait rien de doctoral dans ces cours. Debout toujours et animé,
je découvrais le geste et l’intonation appropriée
au texte dont je sortais toute la richesse sonore et humaine. Un beau
poème suscite des émotions semblables à celles qu’éprouvait
Jésus admirant une fleur des champs et s’exclamant : «
Non, Salomon même dans toute sa gloire n’était pas
vêtu comme l’une d’elle » Luc 12/27. Une laisse
de la chanson de Roland, une strophe du Testament de Villon, ou un sonnet
de Ronsard ou du Bellay, tels vers de Malherbe ou telle tirade de Corneille
ou de Racine, ou telle méditation de Hugo, de Baudelaire ou de
Mallarmé… m’ont toujours enchanté et ont obtenu
de la part des jeunes le même effet sentimental et intellectuel
magique. Je n’ai jamais pensé qu’il s’agissait
de littérature étrangère à de jeunes Libanais
: ceux-ci instinctivement s’accordaient à ma propre émotion
et leurs souvenirs émus et joyeux me l’ont confirmé.
Je le voyais dans leurs yeux, leurs sourires, leurs larmes. J’ai
profondément joui à les voir communier avec moi. Les beautés
naturelles de la Création, dès qu’on s’y arrête
pour les contempler, et en admirer les aspects si variés, cèdent
devant les beautés de la création artistique, littéraire,
musicale, picturale, sculpturale, architecturale, ou autre. Les beautés
d’une œuvre d’art sont parfois d’une richesse aux
profondeurs inépuisables.
Passe, me direz-vous pour les leçons de littérature, mais
vos cours de religion et de philosophie devaient paraître bien ternes
en regard. Il n’en était rien. Toujours debout et aussi animé
et aussi toujours joyeusement écoutés. M. Marcel Zakhia
vous le dira : c’était plaisir de l’écouter
nous parler de sa manière à lui de voir Dieu : non un potentat
ou un juge mais un père ainsi que l’a très bien montré
notre Seigneur tout au long de son Evangile. Les textes de référence
étaient lus et expliqués selon toutes les approches de l’exégèse
moderne. Cela devenait nouveau et audacieux. Il se souvient de l’étonnement
et de l’inquiétude sur son orthodoxie, provoquée dans
un cercle ecclésiastique : « Mais frère André,
l’Eglise n’a pas dit ni vu tout cela au long des dix-huit
siècles qu’elle réfléchit et enseigne ! «
On venait de faire une découverte sensationnelle : les manuscrits
de Qumran, les rouleaux d’une bibliothèque datant de deux
cent ans avant Jésus et ‘miraculeusement’ préservés
dans leurs jarres dans les grottes au dessus de la Mer Morte. Le texte
même que nous lisons, le même, réapparaissant après
deux mille ans ! Le bon Pape Jean-23 décidant d’ouvrir un
concile Vatican 2 pour remettre les aiguilles à l’heure :
aggiornamento, renouvellement de l’enseignement religieux, aménagement
de la liturgie, coller davantage au monde moderne, ne pas se contenter
de répéter, mais voir et revoir dans le reçu du passé
un esprit nouveau, admirer l’élan de la vie spirituelle dans
toutes les religions et confessions, auparavant regardées comme
ennemie s et suspectes… nous avons assisté et avons vécu
une vraie révolution intellectuelle dont les jeunes d’aujourd’hui
ne mesurent pas l’étendue, n’ayant pas connu le climat
qui précédait…
…Nous sommes en 1939- c’est Hitler et l’Allemagne qui
déclenchent le feu de la terreur. Ce fut une guerre sans pitié.
Le Traité de Versailles avaient été très dur
pour l’Allemagne, le parti Nazi devenait lui-même dangereux
pour les valeurs dites ‘Occidentales’ : raciste à outrance
et surtout antisémite (les milliers de Juifs prirent les routes
de l’exil, avant que Hitler décide leur extermination, la
Shoah), le rétablissement d’une armée interdite, envahissement
des territoires de race allemande : l’Autriche et les Sudètes
puis du Couloir Polonais de Dantzig. C’était trop : l’Angleterre
et la France déclarent la guerre. La Russie communiste de Staline
d’abord avec l’Allemagne, le Japon et l’Italie aussi
! il faudra Perl-Harbor pour que l’Amérique intervienne.
Toute la planète se vit alors concernée…
Les Frères sont alors très gênés : leurs ressortissants
allemands et Italiens sont rappelés dans leur pays ; les Français
sont mobilisés dans l’armée ou les bureaux. Mais puisque
la guerre est en Europe, ici au Liban, on s’organise en vue de toute
surprise : Rommel arrive aux portes de l’Egypte et est arrêté
à Alameïn et Bir Hakim… des Frères mobilisés
sont autorisés à revenir de temps à autre donner
des cours en leurs écoles Jounieh, Saïda, Deir el Kamar. C’est
ainsi que frère André fait la navette Beyrouth-Jounieh plusieurs
fois par semaine tout en assurant le service militaire.
Le Liban pendant ce temps (1939-45) traverse une crise profonde. La défaite
de la France et son envahissement par les armées allemandes est
douloureusement ressentie. La division des autorités françaises
entre partisans du Maréchal Pétain et ceux du général
De Gaulle aboutira en 1941 à une guerre locale des Alliés
au profit des gaullistes (Juillet 41). Le processus d’indépendance
de l’Etat qui était en cours depuis 1920 (une constitution
avait été adoptée en 1926 prévoyant une chambre
de députés (de 55 membres en partie nommés d’abord
et en partis élus : 18 maronites, 11 sunnites, 10 chiites, 4 druzes,
6 orthodoxes, 3 catholiques, 3 arméniens) et un Président
de la République parfois nommé par le mandataire (ainsi
Alfred Naccache) ou élus (tels Emile Eddé puis Béchara
el Khoury). Ce processus fut mis à mal par les autorités
françaises : De Gaulle, Catroux, Helleu). Ce dernier fit mettre
en prison à Rachaya tout le gouvernement… ce qui provoqua
le resserrement de tous les Libanais autour d’un Pacte National
1943, la proclamation de l’indépendance et le ‘chassement
des français’, l’adoption d’un drapeau et d’un
hymne national. Le Liban sortit donc de cette 2ème guerre mondiale
Etat de plein droit et membre de la ligue des Etats arabes. Ce Liban commença
donc une vie politique autonome qui allait, pendant 30 ans favoriser sa
richesse matérielle et socio-culturelle. On dit volontiers : ‘les
trente glorieuses’. A l’époque, j’avais en 1945,
10ans. Le frère André en avait 30. Les Frères au
Liban depuis 50 ans (1895), célébrèrent ce cinquantenaire
de leur présence au Liban avec éclat en 1953. Le Président
Camille Chamoun qui avait été chez eux en classe à
Deir el Kamar, vint en personne les féliciter. Tous les Vétérans
du fameux exil de 1903 et qui avaient accompli un excellent travail auprès
des jeunes, se voyaient mis à l’honneur. Ils le méritaient
bien.
Les trente nouvelles années (1945-1975) sont pour les Frères
à la fois riches de succès scolaires mais aussi d’inquiétudes…
leur nombre diminue inexorablement : les anciens meurent, les jeunes volontaires
européens et locaux se font rares, et pourtant les besoins s’accroissent
de plus en plus. Frère André revenu de France en 1952 assure
la direction de la maison à Jounieh et les cours dans le secondaire.
Il s’en voit félicité par le Président le général
Chehab qui le décore solennellement du mérite Libanais au
cours d’une cérémonie mémorable en 1958. Il
assure à Faraya dans la montagne des cours d’été
à ses confrères plus jeunes ; en 1965, il devient Provincial
de toutes les écoles maristes au Proche Orient et membre du Chapitre
Général de l’Institut des Frères à Rome.
Quand je l’ai connu, quand je l’ai rencontré la première
fois ? c’était en 1952 il venait d’arriver de France,
j’étais dans le secondaire, ce fût la première
approche. On le voyait de loin il était sous-directeur du Collège
et professeur de littérature et philosophie en Terminales. On s’enthousiasmait,
quel brave homme, quel aimable Frère, et nombreux étaient
les Frères autour de lui ; on ne le connaissait pas encore ; mais
en classe de troisième, il venait nous enseigner la littérature
avec amour et passion ; toute la classe l’admirait et était
influencée par son charme, sa bonté, sa magie. Il accompagnait
le professeur de diction M. Héritier qui était un acteur
merveilleux. Il passait souvent dans les couloirs pour rétablir
l’ordre, et remettre le calme et le sérieux, surtout dans
les classes de celui qui deviendra le futur Patriarche Maronite, le Père
Sfeir à l’époque. Il était l’esprit et
l’âme du Collège. Il débordait d’humanisme,
de compréhension. Il se sacrifiait pour servir les jeunes, leur
donner une bonne formation. Il lui aurait plu d’être prêtre,
m’a-t-il dit plus tard, moins pour les cérémonies
pour lesquelles il a grand respect encore qu’il les voudrait moins
conventionnelles, mais pour enseigner les fidèles. Il lui aurait
plu d’être dans un milieu d’accès culturel plus
direct ; il lui a coûté de ne pas savoir l’arabe qui
lui eût permis de communiquer et échanger des idées…
il lui a fallu se résigner à n’être que soi
et là ; et le tout dans la joie de servir. Il se consolait en voyant
combien les Libanais communiaient naturellement, instinctivement à
la langue française et à la culture occidentale.
Quand il passait par la division, on l’entourait et on le bombardait
de questions ; nous étions heureux de l’écouter, et
on sentait en lui un vrai disciple de Jésus et de Marie.
Notre situation familiale économique à l’époque
m’obligea à quitter les études et à travailler.
J’ai pataugé une année dans la gravure, l’illustration
et les travaux d’imprimerie… puis dans l’enseignement.
Je m’étais aussi inscrit dans des Instituts et je fréquentais
des ateliers de peinture de sculpture : j’aimais ça ; c’était
ma vie. Je n’ai pas pourtant alors perdu de vue le Frère
André, et les Frères en général, Frère
Hubert, François, Vivien, Louis etc… Je venais assister à
la messe chez eux : le collège était à un pas de
notre maison. Et puis est venu le jour où j’ai voyagé
: je suis allé à Madrid en 1961 pour des études universitaires.
J’ai dit adieu aux Frères et ai obtenu d’eux une recommandation
pour les Frères de Madrid chez qui je casai ma Boîte Postale
: Avemida del Valle 4 – Hermanos Maristas. Revenu au pays, les premiers
à rencontrer ce furent les Frères qui m’engagèrent
à m’occuper de la formation artistique dans leurs classes.
C’est alors que j’ai commencé à découvrir
un nouveau monde, l’univers, le cosmos, le Frère André.
La moindre des choses que, jeune peintre je pouvais faire, c’était
d’inviter les Frères amis à voir mes premières
œuvres et mon atelier. J’ai découvert alors que Frère
André n’était pas seulement passionné et connaisseur
en littérature, philo, religion, exégèse, mais un
critique d’art très éveillé ; il voyait juste,
analysait, commentait, jugeait et faisait une synthèse etc…
Une début d’amitié s’annonça bientôt.
Il y avait toujours une ligne bleue qu’il fallait approcher avec
respect.
Il était le professeur, le directeur, le supérieur un peu
dans tous les domaines, je me sentais un élève en face d’un
Platon, ou Socrate. Je le rencontrais souvent ; presque toujours, je l’approchais
comme si j’étais devant un être qui mérite respect
; je sentais en lui le vrai, le sincère, le dévoué…
Pendant les étés, à Faraya, que de jolies promenades
nous fîmes tous les deux à la recherche d’un joli coin
à peindre, un motif, une maison etc…
Il devint présent dans ma vie artistique, mes expositions, mes
activités qui se déroulèrent à Jounieh, et
les autoriser de sa présence. Fait nouveau,… son nom devint
présent sur toutes les invitations de mes expositions au Liban
et dans le monde…
Dans la presse aussi, il devint mon grand soutien : de longs articles
d’une grande beauté. On me demandait : mais qui est ce Jean
De la Lande ? je l’écoutais quand il parlait, analysait jugeait,
avec quelle subtilité, il abordait les problèmes…
On se mit à visiter ensemble mes amis peintres. Nous avons passé
ensemble des heures et de longs moments chez Omar Onsi à Mayrouba
et Beyrouth. Les Onsi l’attendaient et aimaient engager la causerie
enrichissante avec cet esprit universel et chrétien sans fanatisme.
Pas une semaine bientôt ne passa sans venir prendre sa bénédiction
et admirer son sourire et sa simplicité…
Il fut présent au baptême des enfants, il devint membre attendu
de la famille. On se mit à fêter chez nous avec lui le 30
novembre, la fête de Saint André, le premier disciple de
Jésus, fête aussi de Andrée mon épouse. Durant
toute cette période qui précéda la malheureuse guerre
au Liban (1975-1990), Jounieh continuait d’être un grand village
de la banlieue de Beyrouth. Le calme régnait encore dans le pays.
Les embouteillages n’existaient pas ; pas de sens unique dans les
rues, pas d’étrangers, les gens se connaissaient et s’aimaient.
L’urbanisation et l’autoroute mises en train durant le mandat
du président Chehab, étaient encore acceptables et rendaient
les accès plus aisés et libres etc… la plage était
encore propre ; l’air qu’on respirait, le ciel, les nuits,
les étoiles, l’eau des robinets etc… tout était
joie et bonheur…
Le jour où nous passâmes deux nuits blanches, je peignais
alors le feu de mon âme uni aux feux de la montagne de Harissa,
oui un incendie monstre dévora toutes ses collines. Le feu atteignait
presque les bases du monument de la Vierge prenant des extensions dans
toutes les directions de Bkerké en direction de Ghosta n’épargnant
rien. Les pompiers, la défense civile tout le monde était
en état d’alerte… les fumées noires emplissaient
l’atmosphère... un triste spectacle… enfin, on maîtrisa
la flamme, et le peuple interpréta à sa manière cet
incendie… c’était un mauvais présage…
c’était un avertissement…quelque chose de grave nous
attendait… un mauvais signe, la Vierge est triste et nous prévient,
la calcination de cette forêt, c’est un poignard dans le corps
de la nation, etc…
Des interprétations, symboles, signes, comme si l’on lisait
une tasse à café ou dans l’horoscope et les étoiles.
Et c’était vrai, croyez-moi, nous étions à
la veille des événements sanglants qu’a connus le
Liban… je me sentais dévêtu comme cette belle colline,
je pleurai. De nouveau, saison après saison, et sous le regard
vigilant de la Vierge, la forêt repoussa… et la paix se rétablit
etc…
Le Frère André soumis à des impératifs de
sa congrégation, fut envoyé dans leurs Collèges d’Alep
en Syrie et Damas. On sait comment leurs écoles furent nationalisées
par le parti Baas en Syrie ruinant ainsi toute entreprise culturelle.
… Je l’écoutais parler d’Alep, des élèves
de la Syrie qu’il aimait et envers qui il avait beaucoup d’estime
et d’amour, il disait s’être intéresser passionnément
à l’histoire de ces villes où des chrétiens
avaient réussi à subsister au cours d’un millénaire
et demi de suprématie arabo-islamique. Il voyait les jeunes de
ces villes, incroyablement ouverts à tout ce qui était culturel
et humanisme occidental. Il s’y est fait des amis restés
toujours fidèles.
A Jounieh, le Directeur était le Frère Mario, un Italien.
Ce dernier était un pionnier qui voyait grand et voulait entrer
d’avance dans le 3ème millénaire : au lieu de se contenter
de deux hectares comme à Jounieh, il en acquit plus de 25 au Metn
qu’il appela ‘Champville’ et y construisit un nouveau
Collège formé de plusieurs blocs ou secteurs de quoi recevoir
plus de trois mille élèves. L’ancienne maison de Jounieh,
fut offerte pour presque rien aux moines Libanais et prit le nom d’Ecole
Centrale.
Que de souvenirs le frère André garde de Jounieh ! Il raconte
: cette ville, avait été pendant soixante ans, le centre
vivant des écoles de la congrégation des Frères au
Liban. C’était là qu’ils avaient trouvé
un Havre de paix au sortir des lois de France qui les avaient exilés
en 1903. La population leur avait manifesté estime et admiration.
Les noms des directeurs successifs étaient devenus familiers à
tous les braves gens de la localité ; on y songe aujourd’hui
avec nostalgie.
En 1980, le Frère André fut nommé directeur de leur
école à Byblos-Jbeil. J’allais souvent le voir et
l’amener à Jounieh lui montrant ce que je réalisais…
Il aimait plus particulièrement mes toiles inspirées de
la nature et de la vie libanaise : nos maisons de montagnes ; nos villages
accrochés aux collines, la baie de Jounieh. L’art soi disant
abstrait d’apprentis peintres le désoriente… Pour lui,
une toile ou une planche peinte, reste un carré de joie pour les
yeux comme dit Matisse… : un jeu de lignes, de formes et de couleurs,
propice à l’évasion ou à la découverte
de celle d’un lieu ou celle de l’auteur peintre. Toute toile
révèle et juge son auteur.
Les anciens Frères Français vieillissant et ne pouvant assurer
des responsabilités. ce sont des Frères Espagnols, Syriens
et Libanais qui ont pris la relève…
En 1975, au moment des derniers événements meurtriers qui
affligèrent le Liban, je m’étais vu obligé
d’abandonner Jounieh et de m’installer à Eddé,
à quatre kilomètres de Jbeil… et dès lors,
nous nous trouvâmes séparés… Andrée,
William et moi nous étions à Eddé ; Marina, Madona
et Jean-Pierre restaient à Jounieh. Nous faisions la navette entre
les deux maisons. Cela me rapprocha de Byblos. William y devint élève
chez les Frères. Mes relations et mon amitié avec le Frère
André se virent alors rapprochées. Nous étions dans
la même région. Je voulus présenter une Thèse
de Beaux Arts à la Sorbonne sur ‘les technologies en matière
de peinture’ ; Frère André accepta de suivre mon travail,
car ses connaissances et son savoir englobaient beaucoup de domaines.
J’ai su qu’il avait aidé plusieurs fois des anciens
élèves à monter leurs travaux de candidature aux
examens. Il m’aida gentiment. Je réussis haut la main et
devint ‘Docteur ès Arts’. C’est de là
que je l’appelle familièrement ‘mon patron’…
A Byblos, nous avons découvert des amis communs que nous visitions
ensemble. De même, c’est ensemble, lui et moi que nous suivons
volontiers toutes les activités artistiques qui se déploient
au Liban, des pièces de théâtre, des festivals, des
événements nationaux, des concerts, des sorties dans la
Bekaa, ou le Sud, ou le Nord ou à Byblos et sa Citadelle en particulier
son site archéologique étendu sur huit mille ans de présence
urbaine ininterrompue, il est devenu et en est reconnu un des bons connaisseurs
du passé de cette ville. Il se fait volontiers le guide touristique
de ceux qui s’intéressent à ces huit mille ans de
présence urbaine continue et aux cinq ou six civilisations qui
se sont succédé là : le néolithique, le Chalcolithique,
les Cananéens, les Phéniciens, les Assyro-Babyloniens, les
Grecs, les Romains, les Arabes, les Francs, les Mamelouks, les Ottomans,
les Européens…
On fait appel à lui pour guider là les hauts personnages
étrangers. C’est un puits de science comme dit M. Gay-Para.
Il a participé à la Fondation Cardahi centre de recherches
sur le passé de la ville. Il s’y rend régulièrement
présent et s’offre à guider là les jeunes chercheurs
que ce passé de Byblos intéresse et qui le fascine.
Il y conduit chaque année sur le site les classes de son école,
heureux de montrer à ces jeunes, les titres à leur noblesse
enviée de beaucoup moins chanceux qu’eux. C’est avec
plaisir qu’il montre aux visiteurs étrangers intéressés
tous les vestiges restés à ciel ouvert de cette antique
cité.
Il m’a confié qu’à un âge déjà
avancé, il occupe encore tout son temps dès 4 heures du
matin jusque tard dans la nuit : en tant que religieux laïc, il s’acquitte
des prières de la tradition Chrétienne, s’occupe de
ses Frères, âgés, aide des élèves en
difficulté dans leurs études, assiste des amis etc…
mais pour moi surtout, il s’intéresse vivement à mes
activités dans les divers domaines poétiques, littéraires
et artistiques….
Cinq temps de prières rythment la journée chez les religieux
et Mohammad les a imposés à tous les musulmans du monde
lorsqu’il les eut vus pratiqués chez les Chrétiens
de Bosra.
Il débutent la journée par une prière qu’on
appelle les ‘matines’ prières avant le lever du jour
puis les landes (louanges)’que suit la sainte messe. Après
aussi les religieux se livre à leurs travaux dans plusieurs domaines
: enseignement, agriculture, œuvres sociales etc… travaux d’artisans,
recherches culturelles etc…
A midi vient une autre prière : la ‘prière mariale’,
puis reprennent les activités jusqu’au crépuscule
la quatrième ce sont les Vêpres au coucher du soleil, la
cinquième et dernière prière se sont les ‘Complies’
qui sanctifient le repos de la nuit. Le soir, se disent les ‘Vêpres’
(mot qui veut dire du soir).
Il me dit entendre le muezzin de la mosquée appeler lui aussi de
son côté les fidèles à louer Dieu cinq fois
par jour. Les cinq prières comme les cinq doigts de la main ! Prières
dont il faut s’acquitter avec foi et joie, tous les jours pour être
le plus près du Seigneur et garder la clarté de son âme…
Les Frères, quand j’étais à l’école
s’acquittaient ensemble de la récitation du chapelet dont
ils ont toujours un en poche. Du temps perdu, le Frère André
l’a ignoré et l’ignore : chaque seconde dans sa vie
est un hymne glorieux à la lumière du Seigneur. Pour former
une communauté, il faut être trois au moins, ce qui devient
de plus en plus difficile dans les temps actuels.
Il m’a dit, qu’il voyage chaque trois ans en France pour voir
ses frères et sœurs, neveux et nièces… il passe
là un mois avec eux qui sont très nombreux. Mais sa vraie
famille, c’est au Liban qu’elle existe, ses amis, ses élèves,
et toutes les personnes qu’il a aimées. Il a passé
ici plus de 70 ans de sa vie…
Actuellement, il a la joie de voir le corps professoral tout à
fait accordé aux principes pédagogiques qui lui sont chers
et ce sont eux qui tiennent les établissements des Frères.
Le Frère André prie de tout son cœur afin que le ‘Seigneur
envoie des ouvriers au champ de sa moisson’ comme a dit Jésus
(Mathieu 9/36-38). Il me signale avec tristesse que dans toute l’Europe
il n’y a plus ces temps-ci aucune vocation de Frère Mariste.
Etre ‘Frère’ est difficile : c’est plus exigeant
qu’être prêtre ou moine. Quand et après quoi,
le miracle d’une reprise aura-t-elle lieu ? et les Croyants retourneront-ils
à Dieu ?
Sa vie est des plus simple, aucun luxe, pas de gaspillage, un ascète
qui ne demande rien et se suffit du strict nécessaire…
Il assiste recueilli à la messe du matin où les voisins
de Collège viennent nombreux aussi. A 11 heures, c’est lui
qui prépare l’église pour la messe par groupes aux
élèves de l’école. Il est toujours là
debout parmi ses brebis comme un bon Pasteur, tachant de donner toujours
le bon exemple. Le chemin du Paradis, il le connaît : il est là
où lui-même se trouve, et toutes les difficultés s’inclinent
devant sa bonne volonté authentique. Depuis les années 75
; une proximité de vie de plus de trente ans.
Je l’écoute, je l’estime, je suis ses conseils et quelle
encyclopédie ?
Il n’y a pas une seule question à laquelle il n’ait
de réponses ; il entre dans les détails des choses comme
le plus expert des spécialistes.
Infatigable Frère André, un vrai moissonneur dans le champ
du Seigneur. Que de choses vous me racontez tous les samedis matin dans
nos tournées, ou quand nous sommes parmi nos anciens élèves
dont vous êtes le Patron comme ils m’entendent vous appeler.
Il m’a raconté que de fois il a fait Jounieh-Beyrouth-Jounieh-Byblos
et toute la montagne à pied souvent. Que de printemps, de Noël,
de semaines saintes, il a passé sous le ciel et les lumières
du Liban.
Toujours optimiste, toujours accueillant, il souffrait quand le Liban
passait par des crises ou des événements meurtriers. Il
a toujours rêvé un Liban plus qu’une Nation, un message
à toute l’humanité par son esprit d’accueil
et la convivialité apaisée entretenue entre les diverses
confessions religieuses…
Un Liban terre de dialogue et d’amour, un Liban berceau de la culture
et de la civilisation, un Liban jardin d’Eden, Paradis et refuge
humain, ;ses ambitions pour le Liban, la Syrie, la France et toute la
planète étaient de grande envergure.
Il a fallu des siècles pour que les diverses confessions religieuses
se connaissent vraiment, non pour des ennemis potentiels (et hélas
réels si souvent) mais comme des acteurs de bonne volonté
cherchant chacun à sa façon et dans des conditions historiques
très particulières, comment approcher Dieu et l’honorer.
Il se souvient du plaisir qu’il prenait à commenter à
ses élèves le texte de Voltaire sur les prétentions
à la vraie vérité des croyants de tous bords. «
C’est à Sammonocodon qu’il faut croire ! » disaient
les uns etc. Quand je passe le voir, deux ou trois fois par semaine, Micheline
la standardiste me fait signe qu’il est là ; il descend.
Le Patron arrive toujours dynamique et souriant, sa bonté n’a
pas de limites, son grand cœur est plein d’amitié et
d’amour. Il a bien appris la leçon de Saint Marcellin Champagnat
: il a bien imité Notre Seigneur laissant venir à Lui les
enfants. Il sait avec Lui, que c’est à eux qu’appartient
le ‘royaume des Cieux’ ce vocable utilisé par Jésus
est plein de profondeurs et Jésus le dit à Pilate : mon
royaume n’est pas de ce monde comme le vôtre politiciens,
gens d’affaires et de plaisirs douteux (Jean 18/36), mais l’autre,
infini, sans frontière fait de valeurs supérieures et intérieures,
même au sein de l’activité la plus naturelle et la
plus sociale, valeurs où se découvrent Dieu, son dessein
et sa gloire.
Je l’observe du fond de l’église : il est assis au
premier banc, priant, méditant en s’unissant au Seigneur
dans l’Hostie. Il me dit que le Christianisme est une religion vivante
dynamique dont la compréhension est toujours en évolution…
Les Chrétiens d’hier, d’aujourd’hui et de demain
se veulent tous des Chrétiens, mais sont en fait très différents.
L’inertie n’a pas de place dans le ‘royaume des cieux’
de Jésus. Il dit avec Saint Paul aux Ephésiens 3/18 : «
ses profondeurs, largeurs, longueurs et hauteurs surpassent toutes connaissances…
». Il n’est pas loin de rejoindre André Malraux dans
sa vision du 3ème millénaire et pense que ce siècle
sera celui de l’Esprit de l’avenir et que l’Esprit de
Dieu soufflera de nouveau, bien qu’autrement attendu peut être
sur notre Planète.
Nous entrons dans le temps de la rencontre des religions, non plus sur
le plan des affrontements identitaires et meurtriers comme ce fut dans
le passé mais sur la saisie de l’exigence humaine commune
à toutes et dont les différentes présentations tiennent
à des conditions aléatoires de lieu, de tempérament
et d’histoire que l’esprit aujourd’hui invite à
reconnaître et dépasser. Il y aura toujours des saints (Rafca,
Charbel, Hardini, Père Jacques etc…) c'est-à-dire
des gens épris de hautes valeurs spirituelles aux quelles ils conformeront
leur vie jusqu’à l’héroïsme (Hébreux
12/14) ; nous pensons par exemple, à notre Saint Charbel qui vécut
en ermite non loin de Jbeil pendant des années… ou à
Sainte Rafca qui vécut ici moniale et fut paralysée, disloquée
et joyeuse également pendant des années… nous pensons
à Père Jacques Haddad, un héraut de la charité,
bâtisseur d’hospices qui font l’honneur de notre pays…
ou à ce grand ascète et mystique que fut le saint Hardini,
le maître des novices de saint Charbel à Kfifane… il
me parle du vieux couvent Ilige où se refugièrent les patriarches
maronites au temps des Mamlouk et où fut trouvée une belle
Vierge à l’Enfant peinte par un artiste libanais il y a mille
ans !
Oui, Liban lieu divin, terre céleste ; Liban terre et hommes, protégés
par le Christ et Marie. Les mains criminelles qui font couler le sang
de ses fils, le sang noble et héroïque des martyrs…
ces mains damnés ne font qu’aviver notre énergie à
défendre la Nation, sa souveraineté, son indépendance
et notre amour pour les valeurs les plus hautes. Entré dans ce
Liban du troisième millénaire, le Frère André
me dit : « les Frères se voient devenir de moins en moins
nombreux. Peut-être ont-ils eu leur temps. Maintenant, ce sont les
laïcs, leurs aides si précieux, aimables et passionnés
comme eux auprès de la jeunesse, qui vont prendre la relève.
Il espère que la vocation de service auprès des enfants
et des jeunes aura toujours des répondants, des hommes et des générations
les bienfaits de la Culture, du savoir-faire et de la religion. Une religion
vivante, ouverte, chaleureuse… Jésus disait : « Je
suis venu pour qu’ils aient la vie et la vie en abondance »
(Jean 10/10).
Joseph
Matar
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