|
|


Amitié
brisée, le Président assassiné
Le
Créateur, le Tout Puissant, quand il eut créé avec
amour les nébuleuses, les galaxies, les étoiles, les astres,
les planètes, les lunes, etc…, ayant créé l’espace
et le temps, dirigea son attention vers la Terre. Pour la beauté
et l’amour, il créa un autel, un fief, un domaine de chasse
de toute splendeur consacré aux dieux.
Les arbres les plus variés et les plus rares y poussèrent.
Des sources, des fleuves, etc… de l’eau pure et cristalline
coulait partout. Une lumière merveilleuse éclairait et illuminait
cette région.
Les lions côtoyaient les gazelles, les sangliers… les aigles,
etc…
Toutes les nations de la terre enviaient ce beau pays tant privilégié.
Que dire de l’homme qui vivait dans ce milieu paradisiaque…
?
Adonis et Astarté en firent leur berceau d’amour… jusqu’au
jour où les forces du mal s’incarnèrent dans un sanglier
d’une rare méchanceté.
Ce fut le début d’un drame, d’une tristesse, de journées
de deuil qui se répétèrent en cycle…et ce fut
aussi des journées glorieuses de résurrection, tel le Phœnix
ressuscitant de ses cendres...
…et l’histoire de ce peuple se déroula à ce
rythme… de morts et de résurrections. Ce grand peuple continua
son odyssée… peuple élu de ‘Il’ le premier
et unique Créateur, peuple qui croit, à l’incarnation
et à la résurrection, qui avait tout le droit à la
vie, à l’existence, à l’expression de son Dieu,
qui avait su remarquer l’économie des sons et donner à
chaque ‘son’ une forme et qui avait créé cet
utile instrument de communication qu’est l’alphabet…
facteur de la civilisation.
Ce n’est pas l’histoire de ce pays ni de ce grand peuple qui
m’intéresse maintenant….
Mais l’histoire d’un homme, d’un ami, dans l’espace
et le temps bien définis.
Ce pays ou cette nation fut toujours gouverné par ses propres fils,
qui grâce à leur génie des échanges conquirent
le monde… Il y eut toujours c’est vrai des conflits, des drames,
des injustices ; mais ce peuple sût les surmonter avec amour et
courage.
Depuis la préhistoire… nous existions… et jusqu’au
début des temps historiques et de la civilisation, nous avons eu
notre grand rôle et notre mot.
Nous avons eu toujours une élite de choix pour nous gouverner.
De la loi patriarcale… à celle tribale… nous avons
inventé l’arc et les flèches pour la chasse et la
pourpre pour l’apparat.
…Chaque région eut son roi ou sa reine, son Dieu ou sa Déesse,
ses sanctuaires…
Nous vîmes venir du nord, Grecs, Romains… semant la connaissance
et la culture puis de l’Est, le Perse, les Babyloniens… leur
sagesse, et leur philosophie… puis du sud, le sable du désert
agent érosif excellent pour tout effacer et faire place aux religions
monothéistes.
… et le Liban continua d’exister, sous toutes les occupations
nous avons su résister, nous gouverner, nous entraider nous sacrifier
ou mourir…
Vint le temps des émirs qui étaient des pères de
la nation, et le temps des patriarches nos chefs héroïques…
Les comploteurs étaient aussi toujours présents et intriguaient
dans l’ombre…
Vint enfin ce qu’on appela l’indépendance et un chapelet
de présidents jusqu’au jour où les forces du mal s’incarnèrent
en l’Etat sœur et de nouveau, le sanglier enfonça ses
dents dans la poitrine d’Adonis et se déchaîna contre
ce grand peuple innocent…
Le martyre dura assez longtemps. Le complot était bien chronométré,
préparé afin d’en finir avec cette fleur humaine,
ce peuple héros.
En vain, malgré les milliers d’assassinats, de meurtres etc…
la résistance fut de plus en plus grande.
De tous les côtés, nous étions agressés par
les descendants d’Abraham, les fils d’Isaac et ceux d’Ismaël
et cela sous l’emblème de la fraternité.
Nous fûmes pris dans l’engrenage de la lutte atroce des frères,
des cousins ennemis… ce ne fut pas la lutte de l’ange avec
Jacob.
Ce n’est pas la lutte de Michel l’archange avec Satan…
c’est une lutte qui ressemble à celle de Caïn avec son
frère Abel. Vous comprenez Abel c’est nous.
Reçus en hôtes, en frères, en amis à bras ouverts…
soi-disant nos frères…
Ils aiguisèrent dans l’ombre de la traîtrise toutes
leurs rancunes, et leurs haines, etc…
Et se déchaînèrent sur l’Unique fief des dieux.
Le Palestinien n’aurait jamais dû porter une arme au Liban.
Au Liban, c’est le verbe, la parole… qui font la force.
C’est l’amour, la liberté, l’humanisme. Ils ne
devaient porter les armes autre part qu’en Palestine.
Je ne nie pas le droit d’un peuple chassé et martyrisé…
leurs cousins ceux d’Isaac ne sont pas à envier : ils sont
de la même pâte. Ce domaine de ‘Il’ que la Providence
protège, ses communautés, ses fils, … ce domaine fut
un terrain de chasse de toutes les nations.
Ils on versé tous leurs arsenaux, leurs terroristes, leurs criminels,
et sans pitié, ils ont semé la mort partout sans distinction
de confessions, bébés, enfants, femmes, vieillards, mères
etc… furent tués gratuitement sans savoir pourquoi. Le comment
oui : attentats, voitures piégées, bombardements par les
‘sangliers’ de toutes couleurs et nationalités, même
ceux du nouveau monde, tirs, enlèvements, génocides, etc…
Je laisserai aux honnêtes et compétents historiens de relater
ses années de guerres aux générations futures.
Je disais plus haut que le récit suivant parle de mon amitié
envers un être que j’ai connu. Nous nous sommes aimés,
et je veux décrire l’évènement de cette amitié.
L’amitié, dictée par le Créateur lui-même,
pour quelles raisons deux êtres deviennent-ils des amis ? et pas
d’autres ?
Pourquoi ces deux âmes sœurs se sont-elles rencontrées
dans cette existence ? Toutes les âmes sont issues de Dieu, le même,
quelles que soient les nationalités. J’ai des amis du désert,
du nord, du Liban, des quatre points cardinaux. L’amitié
est universelle, c’est la mondialisation interprétée
avec amour, c’est l’élimination des frontières,
toutes les frontières matérielles et spirituelles. C’est
l’aventure vers la fraternité qui suppose liberté,
égalité.
L’amitié est un attachement à une autre personne,
à un peuple… un lien désintéressé, sans
avoir une parenté ou un quelconque intérêt.
On aime une personne pour ses valeurs, sa fidélité, sa compréhension…
Un être humain n’est pas un plat de salade qu’on aime
déguster ou un fruit à dévorer, ou une bourse qu’on
souhaite vider dans nos poches, ou un désir exotique…
L’être humain n’est pas un Dieu qu’on adore ou
un saint qu’on vénère.
Le niveau purement humain de l’amitié fait sa beauté
et dégage ses horizons.
…C’était, je crois un peu avant les événements
ou à leur début.
Il était ministre, député du Liban Nord, et leader
dans son fief. Il était ministre de l’Education Nationale
à l’époque, je ne sais dans quel gouvernement.
J’étais à Beyrouth avec mon ami Souheil qui me demanda
de l’accompagner au dit ministère pour quelques minutes;
je sus, au courant de la conversation, que Souheil était l’un
de ses conseillers. Arrivés à l’Unesco, les portes
s’ouvrirent devant nous et nous fûmes dans le bureau du ministre
René Mawad, qui nous reçut chaleureusement. Ce fut notre
première rencontre.
Présentation faite, il nous demande de nous asseoir.
Il était de petite taille, calme, souriant, son gros nez aquilin
typique, ses yeux enfoncés dans leur orbite, ses lèvres
marquées par les sillons à leur bord, couleur brune,ses
gestes laissaient l’expression d’une certaine timidité.
Accueillant, sachant d’avance ce qu’il voulait ne se laissait
pas emporter par la fougue des dialogues. Il aimait résumer, simplifier,
aller droit au but. Un être débordant de bonté, d’humanisme,
un être qui ignorait l’agressivité, la colère
; il ne nuisait à personne. Pourtant, derrière ses traits
de douceurs, il avait une volonté de fer, la patience, la diplomatie
qui lui permettaient d’arriver à son but. Je l’observais
encore s’entretenant avec Souheil, traitant de problèmes
concernant le personnel du ministère, des enseignants, des programmes…
Bref, je ne faisais pas attention à l’entretien. J’observais
ce qu’il y avait comme œuvres d’art dans le bureau du
ministre comme peintures et sculptures et de quels artistes elles étaient
signées. Le ministère de l’Education Nationale (celui
de la culture n’existait pas encore) avait un budget pour acquérir
des œuvres. On achetait bien sûr des œuvres très
valables et d’autres de la camelote – et il y avait des intrigues
entre fonctionnaires et peintres). Cela ne m’a jamais dérangé
et jamais je n’ai pensé vendre des œuvres aux ministères,
malgré l’acquisition de l’Etat de certaines de mes
peintures éparpillées entre certains ministères et
Institutions.
Le temps est venu pour que son Excellence s’occupe de moi, en m’adressant
une question : « quand verrai-je une de tes œuvres en mon bureau
? tu es le bien venu et je serais très heureux de bavarder avec
toi ; passe le matin que tu voudras chez moi, à la maison à
Hazmieh, tu seras le bien venu et je te montrerai ce que j’ai à
la maison. »
Pour dire la vérité, je ne me souviens pas de la conversation
que l’on a entretenue à trois… et le défilé
des gens, des supporters, des demandeurs de formalités, de faveurs
ou d’affaires… il devait satisfaire toutes les demandes…
La conception que l’on a du député de la nation est
la suivante : il doit rendre des services personnels assister aux enterrements,
mariages, baptêmes, il doit être un bureau de relations publiques
pour placer des chômeurs, des bonnes, des employés, il doit
exercer des pistons, relever et sanctionner les infractions, libérer
les criminels des prisons, aider dans les concours d’admissions,
faire passer des doublards de classes, aider à obtenir une ligne
téléphonique, un numéro de voiture à quatre
chiffres, etc… délivrer des permis de construire illégaux
etc… sinon les électeurs ne le soutiennent plus.
C’est triste ; quant à la nation, point de souci! Il s’agit
d’intérêts personnels, peu d’élus comprenaient
leur vraie mission qui est le salut de la nation. Comment gérer
le pays, les lois, pour assurer un meilleur niveau aux citoyens etc…
Dans n’importe quelle encyclopédie de droit, vous lisez clairement
ce qu’est un élu, ses devoirs envers la nation etc….
René Bey, son Excellence arrivait à un certain point de
joindre les deux buts, vivre son ‘métier’ de député
honnêtement, et satisfaire dans les mesures du possible les demandes
et exigences de ses partisans. Je rentrai donc à Jounieh très
satisfait de cette nouvelle connaissance et le sans façon perçu
entre Souheil et le ministre et de l’intérêt qu’il
m’accorda, de l’accueil et de l’invitation de René
Bey. A Hazmieh, j’ai plein d’amis et quelquefois dans le même
immeuble, j’en avais deux ou trois: dans les cinq ou six immeubles
qui entourent la maison de René Bey, j’avais des amis et
des élèves : les Daher, les Mur, les Badaro, les Hélou
(ami intime de René Bey), les Freiha, les Rizk etc…
Un beau matin, j’arrivai vers 6h 30 chez le ministre ; la cuisinière
m’ouvrit. René Bey était vêtu d’une Abaya
; il était assis au salon, un tas de papiers autour de lui, trois
appareils téléphoniques pour répondre aux intervenants…
une tisane qu’il savourait lentement. Il était calme, souriant,
pas pressé du tout. Il se leva, il était très heureux
de ma visite, me commanda un café etc… je sentis qu’il
était au Paradis…
- J’espère que je ne suis pas arrivé tôt, je
suis comme les Anglais, je n’aime pas déranger mes amis dans
leur tranquillité et intimité (c’est vrai, les Anglais
entre eux respectent la vie et le programme d’autrui ; mais au niveau
de la planète, ils gênent, se mêlent et intriguent
partout dans le monde).
- Mais non ! Viens me voir tous les matins si tu veux, tu me tiendras
compagnie, je suis assis au salon dès cinq heures du matin à
étudier des dossiers et assurer des services et des recommandations.
Tiens ! demande ce numéro sur cet appareil…
Quant à lui, il en occupait un autre.
- c’est fait. Excellence, l’appel est obtenu ?
De l’écouter dire : Colonel, mon cher Michel, ce sont des
pauvres gens, démunis voyons qu’est ce qu’on peut faire,
etc… j’ai compris qu’il sollicitait une aide de l’armée
pour une pauvre famille etc…
Un autre numéro à l’ambassade de France pour un visa
à des étudiants, ou pour la Croix-rouge, une urgence, ou
la sécurité générale afin de prendre un malade
directement de l’avion car ce dernier vient d’Amérique
et a perdu un œil par accident, une route pour tel village etc…
il passait tous les matins deux ou trois heures pour des services à
des gens de toutes confessions et de partout, sans discrimination. Je
parle là de la première visite…
- et où habites-tu ?
- je suis entre Eddé, Jounieh et Beyrouth. C’est mon circuit
de tous les jours.
Et un long questionnaire sur ma situation, la famille, les enfants, les
amis etc…
- et la peinture, et tes œuvres ? et tes amitiés entre les
peintres ?
Je me demandais ce qu’il avait dans la tête, ce qu’il
voulait vraiment.
D’habitude mes visites étaient courtes comme les curés
de paroisses qui passent très rapidement bénissant les maisons
à l’eau bénite et empochant la ‘dîme’
qu’on leur donne afin de faire le plus grand nombre de maisons possibles
au début de chaque année à l’Epiphanie.
Mes visites ne dépassaient pas les 3 à 4 minutes quelque
fois deux, et chaque fois, je me levais pour m’en aller, il me priait
de rester encore et qu’il ne quittait pas la maison avant huit heures,
et que Mme Neyla, l’ex-journaliste de qui j’avais demandé
les nouvelles, ne se réveillait pas avant dix heures ; elle aimait
les grasses matinées.
Enfin j’ai compris l’objet de la visite. Il me raconta qu’il
avait des œuvres de Omar Onsi, de Saliba Douwaihy, de Abboud, etc…
de je ne sais plus qui, et qu’il aurait aimer avoir une plus grande
collection de peintres libanais, et qu’il serait très reconnaissant
chaque fois que l’occasion se présenterait de lui acquérir
une nouvelle œuvre etc…
Les Onsi, j’ai parmi les héritiers des amis ; Wehbé
était encore vivant. Corm, son fils Georges, lui-même cherchait
des œuvres de son père et son grand-père David pour
les rassembler en un futur musée etc… nous sommes entrés
dans l’univers de l’art libanais, citions des noms à
droite et à gauche etc... A cette époque, il y avait déjà
plusieurs personnes qui collectionnaient des œuvres d’art.
Les unes très riches et qui ont toutes les possibilités,
les autres par amour de la culture et des Beaux Arts mais dont les pouvoirs
d’achat étaient assez limités etc…
Les uns comme Charles Malek qui ne collectionnait que des artistes Libanais,
et dont le salon était consacré entièrement aux œuvres
d’Onsi ; d’autres, certaines banques, sociétés
etc…des achats massifs de peintures, sculptures, tapis, afin de
dire que dans leurs coffres ils possédaient une grande richesse…
En le quittant, il insista pour que je passe souvent le voir et que je
lui achète le plus tôt possible une aquarelle du peintre
Onsi.
>>SUITE>>
Joseph
Matar
Tous
droits réservés pour tous pays
© Copyright LebanonArt
|