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Liban Art présente les oeuvres de l'artiste peintre et poète Joseph Matar

Liban Article Litteraire Joseph Matar

 

Amitié brisée, le Président assassiné

Le Créateur, le Tout Puissant, quand il eut créé avec amour les nébuleuses, les galaxies, les étoiles, les astres, les planètes, les lunes, etc…, ayant créé l’espace et le temps, dirigea son attention vers la Terre. Pour la beauté et l’amour, il créa un autel, un fief, un domaine de chasse de toute splendeur consacré aux dieux.

Les arbres les plus variés et les plus rares y poussèrent. Des sources, des fleuves, etc… de l’eau pure et cristalline coulait partout. Une lumière merveilleuse éclairait et illuminait cette région.

Les lions côtoyaient les gazelles, les sangliers… les aigles, etc…

Toutes les nations de la terre enviaient ce beau pays tant privilégié. Que dire de l’homme qui vivait dans ce milieu paradisiaque… ?

Adonis et Astarté en firent leur berceau d’amour… jusqu’au jour où les forces du mal s’incarnèrent dans un sanglier d’une rare méchanceté.

Ce fut le début d’un drame, d’une tristesse, de journées de deuil qui se répétèrent en cycle…et ce fut aussi des journées glorieuses de résurrection, tel le Phœnix ressuscitant de ses cendres...

…et l’histoire de ce peuple se déroula à ce rythme… de morts et de résurrections. Ce grand peuple continua son odyssée… peuple élu de ‘Il’ le premier et unique Créateur, peuple qui croit, à l’incarnation et à la résurrection, qui avait tout le droit à la vie, à l’existence, à l’expression de son Dieu, qui avait su remarquer l’économie des sons et donner à chaque ‘son’ une forme et qui avait créé cet utile instrument de communication qu’est l’alphabet… facteur de la civilisation.

Ce n’est pas l’histoire de ce pays ni de ce grand peuple qui m’intéresse maintenant….

Mais l’histoire d’un homme, d’un ami, dans l’espace et le temps bien définis.

Ce pays ou cette nation fut toujours gouverné par ses propres fils, qui grâce à leur génie des échanges conquirent le monde… Il y eut toujours c’est vrai des conflits, des drames, des injustices ; mais ce peuple sût les surmonter avec amour et courage.

Depuis la préhistoire… nous existions… et jusqu’au début des temps historiques et de la civilisation, nous avons eu notre grand rôle et notre mot.

Nous avons eu toujours une élite de choix pour nous gouverner. De la loi patriarcale… à celle tribale… nous avons inventé l’arc et les flèches pour la chasse et la pourpre pour l’apparat.

…Chaque région eut son roi ou sa reine, son Dieu ou sa Déesse, ses sanctuaires…

Nous vîmes venir du nord, Grecs, Romains… semant la connaissance et la culture puis de l’Est, le Perse, les Babyloniens… leur sagesse, et leur philosophie… puis du sud, le sable du désert agent érosif excellent pour tout effacer et faire place aux religions monothéistes.

… et le Liban continua d’exister, sous toutes les occupations nous avons su résister, nous gouverner, nous entraider nous sacrifier ou mourir…

Vint le temps des émirs qui étaient des pères de la nation, et le temps des patriarches nos chefs héroïques…

Les comploteurs étaient aussi toujours présents et intriguaient dans l’ombre…

Vint enfin ce qu’on appela l’indépendance et un chapelet de présidents jusqu’au jour où les forces du mal s’incarnèrent en l’Etat sœur et de nouveau, le sanglier enfonça ses dents dans la poitrine d’Adonis et se déchaîna contre ce grand peuple innocent…

Le martyre dura assez longtemps. Le complot était bien chronométré, préparé afin d’en finir avec cette fleur humaine, ce peuple héros.

En vain, malgré les milliers d’assassinats, de meurtres etc… la résistance fut de plus en plus grande.

De tous les côtés, nous étions agressés par les descendants d’Abraham, les fils d’Isaac et ceux d’Ismaël et cela sous l’emblème de la fraternité.

Nous fûmes pris dans l’engrenage de la lutte atroce des frères, des cousins ennemis… ce ne fut pas la lutte de l’ange avec Jacob.

Ce n’est pas la lutte de Michel l’archange avec Satan… c’est une lutte qui ressemble à celle de Caïn avec son frère Abel. Vous comprenez Abel c’est nous.

Reçus en hôtes, en frères, en amis à bras ouverts… soi-disant nos frères…

Ils aiguisèrent dans l’ombre de la traîtrise toutes leurs rancunes, et leurs haines, etc…

Et se déchaînèrent sur l’Unique fief des dieux. Le Palestinien n’aurait jamais dû porter une arme au Liban. Au Liban, c’est le verbe, la parole… qui font la force.

C’est l’amour, la liberté, l’humanisme. Ils ne devaient porter les armes autre part qu’en Palestine.

Je ne nie pas le droit d’un peuple chassé et martyrisé… leurs cousins ceux d’Isaac ne sont pas à envier : ils sont de la même pâte. Ce domaine de ‘Il’ que la Providence protège, ses communautés, ses fils, … ce domaine fut un terrain de chasse de toutes les nations.

Ils on versé tous leurs arsenaux, leurs terroristes, leurs criminels, et sans pitié, ils ont semé la mort partout sans distinction de confessions, bébés, enfants, femmes, vieillards, mères etc… furent tués gratuitement sans savoir pourquoi. Le comment oui : attentats, voitures piégées, bombardements par les ‘sangliers’ de toutes couleurs et nationalités, même ceux du nouveau monde, tirs, enlèvements, génocides, etc…

Je laisserai aux honnêtes et compétents historiens de relater ses années de guerres aux générations futures.
Je disais plus haut que le récit suivant parle de mon amitié envers un être que j’ai connu. Nous nous sommes aimés, et je veux décrire l’évènement de cette amitié.

L’amitié, dictée par le Créateur lui-même, pour quelles raisons deux êtres deviennent-ils des amis ? et pas d’autres ?
Pourquoi ces deux âmes sœurs se sont-elles rencontrées dans cette existence ? Toutes les âmes sont issues de Dieu, le même, quelles que soient les nationalités. J’ai des amis du désert, du nord, du Liban, des quatre points cardinaux. L’amitié est universelle, c’est la mondialisation interprétée avec amour, c’est l’élimination des frontières, toutes les frontières matérielles et spirituelles. C’est l’aventure vers la fraternité qui suppose liberté, égalité.

L’amitié est un attachement à une autre personne, à un peuple… un lien désintéressé, sans avoir une parenté ou un quelconque intérêt.

On aime une personne pour ses valeurs, sa fidélité, sa compréhension…

Un être humain n’est pas un plat de salade qu’on aime déguster ou un fruit à dévorer, ou une bourse qu’on souhaite vider dans nos poches, ou un désir exotique…

L’être humain n’est pas un Dieu qu’on adore ou un saint qu’on vénère.

Le niveau purement humain de l’amitié fait sa beauté et dégage ses horizons.

…C’était, je crois un peu avant les événements ou à leur début.

Il était ministre, député du Liban Nord, et leader dans son fief. Il était ministre de l’Education Nationale à l’époque, je ne sais dans quel gouvernement.

J’étais à Beyrouth avec mon ami Souheil qui me demanda de l’accompagner au dit ministère pour quelques minutes; je sus, au courant de la conversation, que Souheil était l’un de ses conseillers. Arrivés à l’Unesco, les portes s’ouvrirent devant nous et nous fûmes dans le bureau du ministre René Mawad, qui nous reçut chaleureusement. Ce fut notre première rencontre.

Présentation faite, il nous demande de nous asseoir.

Il était de petite taille, calme, souriant, son gros nez aquilin typique, ses yeux enfoncés dans leur orbite, ses lèvres marquées par les sillons à leur bord, couleur brune,ses gestes laissaient l’expression d’une certaine timidité. Accueillant, sachant d’avance ce qu’il voulait ne se laissait pas emporter par la fougue des dialogues. Il aimait résumer, simplifier, aller droit au but. Un être débordant de bonté, d’humanisme, un être qui ignorait l’agressivité, la colère ; il ne nuisait à personne. Pourtant, derrière ses traits de douceurs, il avait une volonté de fer, la patience, la diplomatie qui lui permettaient d’arriver à son but. Je l’observais encore s’entretenant avec Souheil, traitant de problèmes concernant le personnel du ministère, des enseignants, des programmes…

Bref, je ne faisais pas attention à l’entretien. J’observais ce qu’il y avait comme œuvres d’art dans le bureau du ministre comme peintures et sculptures et de quels artistes elles étaient signées. Le ministère de l’Education Nationale (celui de la culture n’existait pas encore) avait un budget pour acquérir des œuvres. On achetait bien sûr des œuvres très valables et d’autres de la camelote – et il y avait des intrigues entre fonctionnaires et peintres). Cela ne m’a jamais dérangé et jamais je n’ai pensé vendre des œuvres aux ministères, malgré l’acquisition de l’Etat de certaines de mes peintures éparpillées entre certains ministères et Institutions.

Le temps est venu pour que son Excellence s’occupe de moi, en m’adressant une question : « quand verrai-je une de tes œuvres en mon bureau ? tu es le bien venu et je serais très heureux de bavarder avec toi ; passe le matin que tu voudras chez moi, à la maison à Hazmieh, tu seras le bien venu et je te montrerai ce que j’ai à la maison. »

Pour dire la vérité, je ne me souviens pas de la conversation que l’on a entretenue à trois… et le défilé des gens, des supporters, des demandeurs de formalités, de faveurs ou d’affaires… il devait satisfaire toutes les demandes…

La conception que l’on a du député de la nation est la suivante : il doit rendre des services personnels assister aux enterrements, mariages, baptêmes, il doit être un bureau de relations publiques pour placer des chômeurs, des bonnes, des employés, il doit exercer des pistons, relever et sanctionner les infractions, libérer les criminels des prisons, aider dans les concours d’admissions, faire passer des doublards de classes, aider à obtenir une ligne téléphonique, un numéro de voiture à quatre chiffres, etc… délivrer des permis de construire illégaux etc… sinon les électeurs ne le soutiennent plus.

C’est triste ; quant à la nation, point de souci! Il s’agit d’intérêts personnels, peu d’élus comprenaient leur vraie mission qui est le salut de la nation. Comment gérer le pays, les lois, pour assurer un meilleur niveau aux citoyens etc… Dans n’importe quelle encyclopédie de droit, vous lisez clairement ce qu’est un élu, ses devoirs envers la nation etc….

René Bey, son Excellence arrivait à un certain point de joindre les deux buts, vivre son ‘métier’ de député honnêtement, et satisfaire dans les mesures du possible les demandes et exigences de ses partisans. Je rentrai donc à Jounieh très satisfait de cette nouvelle connaissance et le sans façon perçu entre Souheil et le ministre et de l’intérêt qu’il m’accorda, de l’accueil et de l’invitation de René Bey. A Hazmieh, j’ai plein d’amis et quelquefois dans le même immeuble, j’en avais deux ou trois: dans les cinq ou six immeubles qui entourent la maison de René Bey, j’avais des amis et des élèves : les Daher, les Mur, les Badaro, les Hélou (ami intime de René Bey), les Freiha, les Rizk etc…

Un beau matin, j’arrivai vers 6h 30 chez le ministre ; la cuisinière m’ouvrit. René Bey était vêtu d’une Abaya ; il était assis au salon, un tas de papiers autour de lui, trois appareils téléphoniques pour répondre aux intervenants… une tisane qu’il savourait lentement. Il était calme, souriant, pas pressé du tout. Il se leva, il était très heureux de ma visite, me commanda un café etc… je sentis qu’il était au Paradis…

- J’espère que je ne suis pas arrivé tôt, je suis comme les Anglais, je n’aime pas déranger mes amis dans leur tranquillité et intimité (c’est vrai, les Anglais entre eux respectent la vie et le programme d’autrui ; mais au niveau de la planète, ils gênent, se mêlent et intriguent partout dans le monde).

- Mais non ! Viens me voir tous les matins si tu veux, tu me tiendras compagnie, je suis assis au salon dès cinq heures du matin à étudier des dossiers et assurer des services et des recommandations. Tiens ! demande ce numéro sur cet appareil…

Quant à lui, il en occupait un autre.

- c’est fait. Excellence, l’appel est obtenu ?

De l’écouter dire : Colonel, mon cher Michel, ce sont des pauvres gens, démunis voyons qu’est ce qu’on peut faire, etc… j’ai compris qu’il sollicitait une aide de l’armée pour une pauvre famille etc…

Un autre numéro à l’ambassade de France pour un visa à des étudiants, ou pour la Croix-rouge, une urgence, ou la sécurité générale afin de prendre un malade directement de l’avion car ce dernier vient d’Amérique et a perdu un œil par accident, une route pour tel village etc… il passait tous les matins deux ou trois heures pour des services à des gens de toutes confessions et de partout, sans discrimination. Je parle là de la première visite…
- et où habites-tu ?
- je suis entre Eddé, Jounieh et Beyrouth. C’est mon circuit de tous les jours.
Et un long questionnaire sur ma situation, la famille, les enfants, les amis etc…
- et la peinture, et tes œuvres ? et tes amitiés entre les peintres ?
Je me demandais ce qu’il avait dans la tête, ce qu’il voulait vraiment.

D’habitude mes visites étaient courtes comme les curés de paroisses qui passent très rapidement bénissant les maisons à l’eau bénite et empochant la ‘dîme’ qu’on leur donne afin de faire le plus grand nombre de maisons possibles au début de chaque année à l’Epiphanie.

Mes visites ne dépassaient pas les 3 à 4 minutes quelque fois deux, et chaque fois, je me levais pour m’en aller, il me priait de rester encore et qu’il ne quittait pas la maison avant huit heures, et que Mme Neyla, l’ex-journaliste de qui j’avais demandé les nouvelles, ne se réveillait pas avant dix heures ; elle aimait les grasses matinées.

Enfin j’ai compris l’objet de la visite. Il me raconta qu’il avait des œuvres de Omar Onsi, de Saliba Douwaihy, de Abboud, etc… de je ne sais plus qui, et qu’il aurait aimer avoir une plus grande collection de peintres libanais, et qu’il serait très reconnaissant chaque fois que l’occasion se présenterait de lui acquérir une nouvelle œuvre etc…

Les Onsi, j’ai parmi les héritiers des amis ; Wehbé était encore vivant. Corm, son fils Georges, lui-même cherchait des œuvres de son père et son grand-père David pour les rassembler en un futur musée etc… nous sommes entrés dans l’univers de l’art libanais, citions des noms à droite et à gauche etc... A cette époque, il y avait déjà plusieurs personnes qui collectionnaient des œuvres d’art. Les unes très riches et qui ont toutes les possibilités, les autres par amour de la culture et des Beaux Arts mais dont les pouvoirs d’achat étaient assez limités etc…

Les uns comme Charles Malek qui ne collectionnait que des artistes Libanais, et dont le salon était consacré entièrement aux œuvres d’Onsi ; d’autres, certaines banques, sociétés etc…des achats massifs de peintures, sculptures, tapis, afin de dire que dans leurs coffres ils possédaient une grande richesse…

En le quittant, il insista pour que je passe souvent le voir et que je lui achète le plus tôt possible une aquarelle du peintre Onsi.

>>SUITE>>

Joseph Matar
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